Lettre de détresse des réfugiés syriens bloqués à la frontière algéro-marocaine (traduction de la version originale)

Appel des réfugiés syriens bloqués entre Figuig et Beni Ounif

 Sur la frontière algéro-marocaine

« Salut à vous réunis aujourd’hui pour crier ce que le monde ne veut pas entendre ;

Salut à toutes les associations, partis politiques et syndicats ;

Salut aux gens de Figuig de Paris, alors qu’on n’arrive pas à saluer ceux qui sont à quelques dizaines de mètres de nous ;

Salut aux citoyens du Maroc et ses associations civiles et juridiques ;

Salut aux citoyens de la méditerranée, d’Europe et leurs associations juridiques et civiles ;

Salut aux médias engagés et à tous les soldats de l’ombre dans cette noble bataille.

 

Mesdames, Messieurs,

Depuis un mois nous vivons dans un désert mortel, sa nuit sombre et froide, son jour brûlant, sous aucun toit, ou murs qui nous protègeraient des tempêtes de sable. Ces tempêtes quotidiennes arrachent le peu de couvertures que nous avons reçu généreusement des habitants de Figuig. Les sables remplissent les yeux de nos enfants que seules les larmes nettoient ;

Dans ce lieu, les serpents et les scorpions se cachent sous les cailloux et dans les bosquets. Ils sont notre souci jour et nuit avec le risque de mordre les pieds d’un enfant ou la main d’une femme ; nous savons qu’en cas de piqûres ou de morsures nous n’avons ni médecin, ni médicaments. Nous savons aussi que les gardes-frontières n’interviendraient pas, eux qui n’ont rien fait quand la première femme enceinte a accouché en plein désert et ce malgré ses cris de douleurs et ceux des habitants de Figuig pour faire venir un médecin. Comme ils ne sont pas intervenus pour venir en aide à un vieil homme en hypertension qui a eu une alerte cardiaque.

Nos appels aux soldats des pays (Maroc, Algérie) n’ont rien donné, ainsi que nos appels à travers le Facebook.

 

Mesdames, Messieurs, hommes et femmes libres et consciences de l’humanité vivante :

Chaque jour au lever du soleil en plein désert nous nous réveillons aux cris des enfants et leurs soupirs pour avoir une gorgée de lait, un verre d’eau ou un bout de tissu pour se protéger des rayons de soleil. Nous les adultes entendons ces cris et baissons nos têtes parce que nous sommes impuissants à leur venir en aide.

Les corps et les visages des enfants et des femmes sont asséchés. Nos vêtements déchirés et collés à nos peaux. Les têtes des enfants remplis de poux, leurs peaux brûlées, leurs yeux rougis. Des personnes âgées cardiaques n’ont plus leurs médicaments. Des femmes enceintes ont besoin d’un suivi médical urgent. Et, le peu d’eau que nous avons est salée.

 

Mesdames, Messieurs, citoyens de France, responsables français, nous appelons la France des droits de l’Homme et du citoyen de 1789, celle de Rousseau, Montesquieu, Voltaire et d’autres.

Citoyens du monde en France, venus des 4 coins de la terre, dans une migration volontaire ou non-volontaire à la recherche de la sécurité, la vie ou l’humanité ;

Nous sommes des réfugiés ayant fui une guerre destructrice. Vous connaissez ses détails mieux que nous qui sommes ici en plein désert. Maintenant, nous ne nous préoccupons que des regards désespérés de nos enfants et des souffrances de nos malades.

Nous étions 55 personnes et sommes devenus 56 après la naissance d’un bébé dans des conditions dramatiques. L’enfant n’a pas supporté la dureté de la chaleur et le froid de la nuit. Sa mère avec d’autres compagnons a été obligée de quitter le groupe. Nous sommes actuellement 41 personnes dont 18 enfants et demain peut-être ils seront 19 si la vie est accordée à un bébé à naître.

 Nous sommes un groupe parmi les milliers des personnes condamnés par la guerre, à se réfugier ailleurs. Nous avons pensé à des refuges chez nos familles installées soit au Maroc ou en Europe. Mais le destin a voulu qu’aucun pays ne veuille de nous, ou aucune tente ne peut nous héberger.

 

Mesdames, Messieurs,

Dans ce désert, les prisons paraissent des palais, les tentes des paradis et la Syrie détruite la maison de la dignité.

Ici nous sommes interdis d’eau, de médicaments, de pain, de lait, de médecin, de parole, de cris. Nos mouvements sont contrôlés et notre silence est suspecté. Chaque jour nous mourrons plusieurs fois de faim, de soif, d’impuissance, de maladie et d’une dignité humaine bafouée.

Nous sommes dans un espace où les 2 antagonistes ne nous reconnaissent pas et considèrent qu’on n’est pas sur leur terre.

C’est pour cela, nous vous implorons de continuer à soutenir notre cause et ne pas nous oublier ici dans cette prison sans murs.

Frappez à toutes les portes pour nous, mais essentiellement pour des enfants qui ne comprennent pas l’arrêt de ce voyage qu’ils ont crû être une promenade familiale, avec l’absence de l’eau et l’impuissance du père et de la mère.

Et nous appelons les organisations internationales comme le Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR), le croissant rouge, les ONG nationales et internationales et les pays du monde libre : France, Allemagne, Suède, Belgique, Hollande et les autres pays de l’Union Européenne, ainsi que le Maroc pour nous rapatrier avec nos familles, nos maris et nos enfants.

 

Notre seule envie c’est de garder en vie nos enfants !

 

Par conséquent, nous déclarons que nous ne demandons plus d’être réfugiés, parce que c’est un rêve que le monde nous refuse. Nous demandons uniquement de nous sauver de la mort et des dangers qui guettent nos enfants et nos femmes.

Notre seul recours dans ce monde est auprès des femmes et des hommes libres, défenseurs de l’humanité et des consciences vivantes.

Chaque minute sous le soleil du désert et le froid de ses nuits nous rapproche du désespoir et de la mort.

Sauvez-nous de cette tragédie humaine et faites vite pour secourir nos faibles et nos enfants, parce que c’est une honte de continuer ainsi.

 

Restez fidèles à l’humanité et à votre solidarité ! »

 

Version originale en arabe :

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